Réorganiser l'existant. Relier le délié. La métaphore du kaléidoscope réconcilie les contraires. Permanence et changement, statique et dynamique, extérieur et intérieur, visible et invisible ... Je suis Eléonore Gratton, artiste pédagogue, formatrice Yoga Ify, coach vocal, journaliste Esprit yoga Mag. La transversalité dessine ma topographie.
La lecture accompagne mes jours, elle s’oriente en fonction de mes humeurs et de ma capacité d’attention. Mes besoins du moment s’expriment au travers des livres pour apaiser une soif de connaissance, de réflexions ou d’évasion. Je choisis mes romans au regard de ces attentes, ils doivent me propulser dans une écriture singulière et nourrir une compréhension nouvelle du monde, donc de l’humain, des lieux, de l’histoire. Des essais philo, antropologique et yoga sont salutaires aussi.
Récemment le sujet du double m’a sauté au visage avec le livre de Deborah Levy. Je pensais avoir fait le tour de ce thème avec de multiples récits ou film relatant cet espace-temps où l’identité se dédouble, où la réflexion de soi sur soi dans le sens d’envoyer une image réfléchie altère la pensée et déplace nos conditionnements. Mais non ! Car l’écrivaine ici réussit un tour de force par sa circonvolution de déplacement de son personnage, déplacement géographique et intérieur. La pianiste virtuose happée par la perte de contrôle lors d’un concert, sort de scène avant d’apposer au piano une autre partition que celle attendue par le chef d’orchestre et le public. Ses doigts jouent autre chose que l’attendu ; ses doigts flottent et créent pour elle et en elle, mais elle ne peut l’entendre. C’est la faille sous ses pieds, elle quitte la scène. Dès lors, elle croise régulièrement son double, de cité en cité, avant de comprendre comment et pourquoi elle devra faire sonner se propre partition, et non celles des autres.
La partition de musique évoque ici, le sens même de la vie, ce qu’on y met chacun de soi, pour soi, avec la trace de nos mémoires intégrées et digérées.
Écrire sa propre partition. En partant de qui nous sommes, sans occulter ce qui nous entoure car la relation à autrui et au monde nous racontent. Exploser un cadre, avant d’en redéfinir les contours, nos contours, qui garderont la trace des relations passées et à venir. Une empreinte nourrissant un terreau fertile, et non un humus sec et aride.
Écrire sa partition, revient à donner du SENS à ce que l’on fait. Le sens de la vie ? quelle expression abyssale, pompeuse parfois et pourtant salutaire ! Qu’est ce qui fait sens pour nous, qu’est ce qui a fait sens pour les autres de ce que nous sommes ...Comment se départir des projections, des injonctions, des conditionnements assignés par nous-même et l’environnement pour construire et définir notre être social ? Comment changer nos paradigmes pour que le sens émerge sans nous submerger ?
Un autre livre m’a aidé à me projeter dans ce retour réflexif : Les quatre peurs qui nous empêchent de vivre, de Eudes Séméria. Il évoque le fait de changer de place, comme le pion sur l’échiquier, entouré de plusieurs autres pièces-personnages dont la distance sur les cases du jeu induisent une relation et un mode de déplacement spécifique. Le livre force le trait : nous devons changer de position pour se réapproprier un « qui nous sommes possible », devenir un peu plus adulte, discernant et en action. Changer de position c’est un abime qui va questionner et modifier les règles qui régissent notre rapport au monde, et donc à soi-même.
La pianiste virtuose de Bleu d’Aout change de position, elle voyage, modifie son activité, laisse venir rêves, rencontres et objets symboliques à elle. A chaque changement géographique, elle croise son double, celle-ci fait semblant de ne pas la voir. Dès la première rencontre le double lui laisse son chapeau. Son couvre-chef protecteur. Et lui soustraie un objet, des petits chevaux mécaniques. Et pour nous lecteur, ces chevaux seront la trame des circonvolutions du personnage.
Est-ce que je m’égare dans cette newsletter en évoquant cela ? Moi qui suis enseignante et formatrice Yoga, coach voix, et journaliste pour un magazine spécialisée Yoga ? Au contraire je suis au cœur même de ma pratique et de la vôtre.
Le yoga est une voie de discernement, le tapis étant un accessoire et vecteur d’expérience, au même titre que l’étude et les livres. La voix dévoile en profondeur notre personnalité, ce qu’on retient, empêche puis libère. Écrire, (titre d’un autre livre de Eudes Séméria) se conjugue avec le verbe Lire. C’est une action qui intègre espace de pensée, ressenti corporel, imagination, une action transformatrice qui déplace notre position dans le monde.
Et vous quel livre a mis de l’engrais dans votre jardin, quel vent a soufflé sur les ailes de votre moulin , quel ingrédient a sublimé votre repas ?