Réorganiser l'existant. Relier le délié. La métaphore du kaléidoscope réconcilie les contraires. Permanence et changement, statique et dynamique, extérieur et intérieur, visible et invisible. Je suis Eléonore Gratton, artiste pédagogue, formatrice Yoga IFY, coach vocal, journaliste Esprit Yoga. La transversalité dessine ma topographie.
En sanskrit un mot singulier existe pour donner un nom à “l’espace intérieur” de chacun d’entre nous, l’essence de notre être, un condensé immuable et permanent, dépositaire de toute connaissance. Cet entité n’a d’existence que parce qu’elle se dépose au sein d’un corps. Certain tente de la traduire par le mot “âme”, mais c’est une impasse réductrice qui ne prend pas en compte la profondeur de la philosophie hindou. “L’habitant de la Citadelle” est une traduction appropriée, la Citadelle serait mon corps, incarné , architecturé, vibrant, et l’Habitant serait cette émanation immuable, essence de l’être, infinie et sachant.
Purusha. PUR signifie la citadelle, la ville fortifiée, non pas pour recevoir les assaut d’un ennemi mais pour maintenir , contenir, ce qui est sacré et lumineux. la Conscience lumineuse. On peut jouer avec l’étymologie, Ashaya, est aussi la caverne du coeur. Asha est la “lumière ancienne”, “ primordiale”. Purusha est l’ Habitant de la Citadelle, et cet Habitant conscience suprême de l’être humain, ne peut éclore que grâce à cette Maison citadelle. ( 2 autres mots à l’étymologie différente existent pour parler de purusha, je les laisse veiller ce matin, et reste avec l’Habitant. )
La maison citadelle serait notre corps, nos pensées, actions, émotions. Tout ce qui constitue ma personne, en tant qu’être humain incarné et agissant, tout ce qui me définit, dans mon environnement. Cette maison fait partie intégrante de Prakriti, traduit parfois par “Nature”, encore une traduction réductrice. Prakriti c’est ce qui est mouvant, en action et en perpétuel changement. KRITI est ce qui fait, ce qui créé. PRA indique une mise en avant et en mouvement, continue.
Prakriti c’est le merle qui chantait ce matin dans le jardin, le brin de muguet posé sur la table, le bois qui craque, l’objet en céramique qui peut se fendre … c’est l’environnement, mue par trois forces vives: la densité-obscurité, le mouvement- dynamisme et la clarté-légèreté ( tamas, rajas, sattva gunas). Ces trois forces vives sont toujours présentes, en quantité différente, parfois déséquilibrées , elles cherchent à s’ordonner ensemble pour oeuvrer dans prakriti à bonne escient. En Ayurveda, le médecin va questionner et observer votre prakriti personnelle.
Selon la philosophie du Yoga, l’Ecole du Yoga, l’être humain est constitué de deux entité, purusha et prakriti, l’un offrant un lieu à l’autre, l’autre déposant sa lumière infinie en l’un. Et tout le présupposé de cette discipline est de maintenir une relation équilibrée entre ces deux entité. Une relation où chacun est à sa juste place, particulièrement prakriti, notre partie agissante-pensante-ému-vibrante. Car si celle ci est fermée, tendue, en tension, se pensant être maitre du monde, elle entrave la lumière de Purusha.
Sans cette lumière, l’être humain serait orphelin. Tyrannique. Il s’identifie à lui même, il s’attache à toutes les images qu’il se construit, ses rôles, ses possessions, ses idées, ses émotions … Or il est autre chose que toutes ces projections.
La pratique du yoga en tant que discipline “psycho corporelle” ne peut s’extraire de cette hypothèse de la philo Hindou. Autrement elle est bancale. Comment la mettre en miroir avec notre monde contemporain, avec nos sensibilités en tant que pratiquant de yoga ? En revenant vers buddhi, notre mental intuitif, notre intelligence du coeur, vers ce qui nous anime au plus profond de nous et qu’on masque faute d’être prêt à lever les voiles des agitations et de l’égo qui a peur. Buddhi est proche de Purusha, c’est la partie de notre champ du mental la plus éclairée par le rayonnement de purusha. Et c’est la partie en nous dont on étouffe parfois la petite musique mélodieuse. BUDH c’est la racine de l’Eveil, et buddhi a en lui beaucoup de sattva la force vive clair et lumineuse de prakriti.
Quand on pratique les postures, on rend hommage à notre corps, notre corps maison. Cette citadelle qui embrasse en son creux une instance précieuse. La vie en nous, le mystère de la vie, ce qui nous dépasse, une figure divine si votre coeur vous tourne vers ce sacré là. Les postures sont une technique, un outil, pour laisser descendre le tourbillon des activités du mental, redonner de l’espace au corps maison. La performance, l’alignement ultime et unilatéral n’ont pas vraiment leur place. Mais la conscience du souffle, la bio-mécanique intelligente et engagée ( à savoir sensitive et exploreuse) l’accueil de ce qui est là … OUI !
Mon “corps maison” à moi, Eléonore, est différent du votre. Le purusha qui l’habite aussi. Mes fondations, la somme de mes mémoires posent le fait extraordinaire que je suis unique. Vous aussi. Et cette unité singulière a un potentiel , une liberté , un rayonnement en relation avec purusha. C’est un peu vertigineux, quelque soit nos croyances ou sensibilités, et aussi très rassurant.
La Maison corps, je lui dois d’expérimenter et d’observer la façon dont elle s’inscrit dans son environnement. Le yoga c’est ça aussi !Simplicité. Imaginer la relation entre prakriti et purusha, faire de la place à purusha, mon précieux habitant. Et donc observer ma présence au monde, mes pensées, mes mémoires exprimées ou révélées, celles voilées. Honorées tout ce que ma prakriti peut mettre en oeuvre, créer, exercer. J’ai une responsabilité et une action possible sur prakriti, mais pas directement sur purusha. Lui il émergera seul.
la peinture me rattache au monde des sensations, des symboles et de l’imagination. Je suis une chercheuse d’iconographie. Voici un Habitant potentiel, bleuté et nappé d’argenté.
Cellule d’or, Odilon redon.
Avec mon amie et collègue Sandra Ermeneux formatrice Institut Français de Yoga, nous proposons un stage cet été où la place sera donné à la maison corps, son habitant au gré d’une fréquence inestimable constitutive de l’être humain: la voix. celle ci résonne, susurre et palpite au gré de nos désirs et besoins. Elle vibre et circule. Plus le corps est libre, plus elle s’exprime avec légèreté et densité. Elle est canal. On explorera toutes ses fondations au sein de la pratique corporelle et révélatrice du yoga. Il reste quelques places info sur mon site ou en message direct.